09/06/2008

Retour sur la Select de Masoco.. par Xavier lui même dans le texte


Je n’avais pas prévu initialement de participer à la course en solo «Pornichet Select 6.50», mais étant donné les injonctions et le soutien de mes entraîneurs, Marc Reine du Pôle Voile de La Rochelle et Fred Roux de l’association Voiles Solitaires 17 (VS17), je me décidais à y participer.
Je me lançais à fond dans les préparatifs, c’était déjà la course avant la course . En effet, je devais mettre à jour mon bateau au niveau matériel de sécurité,  acheter et faire coder une balise de détresse, obtenir de l’Agence Nationale des Fréquences ma nouvelle licence, convoyer mon bateau et bien d’autres choses encore. Tout cela alors que j’étais en déplacement une semaine pour un stage de ma formation. Je remercie donc mille fois Ludivine, membre active de mon association «Xavoile» qui a fait un super boulot pour me permettre de partir à temps! Merci, merci, merci…
Convoyage
J’ai donc convoyé mon bateau au départ de La Rochelle vers Pornichet le 23 avril dernier. C’était ma première navigation en solo sur le Masoco Bay. Il ne fallait rien oublier pour la course et aller vite pour arriver à temps pour les inscriptions. Lorsque je quittais le ponton cet après-midi là, c’était à la voile, en tirant des bords véloces vers la sortie du port, le cœur léger, mais plein d’espoir. Cette première course en solo serait à elle seule toute une aventure, mais aussi le début d’une grande histoire qui me mènera jusqu’à la transat en solitaire.
Le 23 avril, je mets les voiles vers Pornichet.
Arrivé à Pornichet, l’accueil est chaleureux, les «ministes» sont adversaires, mais toujours solidaires, à terre comme en mer. Avec les partenaires d’entraînement, Fabien Sellier et Henri Meyniel, on s’applique à faire les courses, on plonge frotter nos carènes, on prend la météo et on prépare la navigation. La première partie du parcours promet d’être primordiale, il faut passer Belle Ile en tête sinon on sera largué, c’est sûr!
Le parcourt de la Select 6.50
Départ dans la Baie de La Baule-Pornichet, on contourne Belle Ile et les Birvideaux en les laissant à gauche, on descend jusqu’à Bourgenay en dessous des Sables d’Olonne en laissant l’île d’Yeu à gauche, on remonte jusqu’à l’île de Groix que l’on laisse à droite, puis retour à Pornichet, soit environ 300 milles nautiques.
La course
Le départ
Le départ a eu lieu le 26 avril à 14 heures. 57 solitaires étaient sur la ligne de départ, 15 prototypes et 42 séries comme moi. Le vent, variable faible, nous posa déjà des problèmes pour passer la bouée de dégagement située à 500 mètres de la ligne de départ, si bien que lorsque j’ai passé cette bouée, beaucoup de bateaux s’étaient déjà échappés. Vers 16 heures, le vent nous permit enfin de nous dégager de la baie de Pornichet.
La première nuit et le passage de Belle Ile
A la tombée de la nuit, à l’approche de Belle Ile, le vent mollit de nouveau, la flotte se regroupa, c’était le moment de reprendre l’avantage. J’étais bien décidé à choisir les bons coups et c’est ce que je fis. Dans un premier temps, suivant mon intuition, je tirais des bords à droite de la flotte. Cela me permis de passer plusieurs fois des groupes de 5 ou 10 bateaux. Je choisis en suite de me placer à gauche de la flotte, du coté de Belle Ile, pour que l’île me protège du courant qui portait dans la Baie de Quiberon.
Mentalement, c’était très dur, j’étais le seul à choisir cette option et pour y aller, je devais tirer des bords en travers de la route directe… Très risqué, mais ça peut rapporter gros... Pour me conforter dans mon option, je me rassurais, le vent devait rentrer au Nord Ouest et là où j’allais, je serais le plus au Nord Ouest, donc je toucherais le vent en premier.
Au petit matin, j’étais là où je voulais et j’avais nettement pris l’avantage. Hormis un prototype qui avait profité des dernières risées de la veille pour prendre 2 heures d’avance, j’étais en tête de la flotte, je me félicitais de mon option, d’autant plus que le Nord Ouest attendu pourrait à coup sur me permettre de filer sans attendre mon reste.
Mais Eole n’en avait pas décidé ainsi, le Nord Ouest ne se leva pas tout de suite et une petite risée (du sud) profita à un petit groupe de bateaux qui étaient à droite.
Je passais donc les Birvideaux (Nord de Belle Ile) en neuvième position et le Nord Ouest se levait enfin.
La grande descente sous spi:
La descente jusqu’a l’Ile d’Yeu ne réservait pas de surprise, 15-20 nœuds de vent, 10 nœuds de vitesse sous grand spi. Mais après, en route vers Les Sables d’Olonne et Bourgenay, cela devenait plus technique.
La nuit du deuxième jour de course tombait en même temps que le vent forcît. En s’approchant de la côte, la mer devenait hachée et croisée. Les manœuvres s’imposaient.
Le premier empannage fut difficile, le spi a failli s’emmêler autour de l’étaie, mais je réussis à le dégager et à reprendre ma route. Au deuxième empannage, je me rendis compte que je commençais à subir le contre coup de la première moitié de la course, j’avais dormi seulement une heure en 36 heures ! J’amenais donc le grand spi et je renvoyais le petit. C’était parfait, dans cette mer hachée, le bateau était beaucoup plus maniable et il allait toujours aussi vite ( 12-13 nœuds en surf ).
A la barre de mon bateau, je sentais toute la puissance qui s’en dégageait, je négociais chaque vague pour débouler toujours plus vite vers cette bouée enfouie au fond de la nuit et matérialisée par un simple chiffre sur le GPS. C’était un vrai moment de bonheur (et de stress). J’aperçus enfin la marque, je négociais mon affalage et relançais mon bateau au près pour la grande remontée vers l’Ile de Groix.
Bascule de vent: où sont les concurrents?
Après le passage de la bouée de Bourgenay, j’avais saisi quelques bribes de météo à la VHF, il était annoncé une bascule de vent au Sud Ouest. Après une rapide réflexion, j’en conclus que:
1 - Il fallait se placer au large par rapport à la flotte.
2 - Si la bascule avait lieu avant le passage de l’Ile d’Yeu, il ne fallait surtout pas aller trop au large, sinon c’était du chemin parcouru pour rien.
3 - J’estimais (à tord) que la bascule n’aurait pas lieu avant le passage de l’Ile d’Yeu, prévu en 5 ou 6 heures.
4 - J’avais depuis longtemps prévu de dormir après le passage de la bouée.
Je choisissais donc de partir au large et de dormir, non pas sans avoir veillé le croisement d’un cargo à 50 mètres devant. Je calculais le moment de me réveiller pour virer de bord et faire cap direct pour passer l’Ile d’Yeu.
A mon réveil, je virais de bord, je faisais le bon cap pour passer l’île, mais 10 minutes plus tard, un front nuageux passait au-dessus de moi et le vent basculait au Sud Ouest… Fatalité… Le jour se levait et je ne voyais aucun bateau autour de moi.
Je m’appliquais toujours autant pour faire bien avancer le bateau, mais avec une certaine rage due à mon erreur d’être allé trop loin au large. Je me demandais combien de bateaux avaient pu passer et le doute subsista jusqu’à la fin de la course. Je compris seulement plus tard, de retour à terre, en étudiant les pointages que la perte n’avait pas été si grande que je le pensais initialement.
Plus tard dans la journée, je me retrouvais bord à bord avec le pogo 2 N°599 sans savoir que nous étions à la deuxième et troisième place. Je pus cette fois encore me rendre compte des qualités de mon bateau, puisque quelques heures plus tard, je l’avais distancé, je ne le voyais plus que très loin derrière.
A la tombée de la troisième nuit, je passais l’Ile de Groix.
Anniversaire… et démâtage…
Une fois passée l’Ile de Groix, c’était la dernière portion de course. La nuit était profonde, je naviguais vent de travers avec ma grand voile et mon génois, tous deux arrisés. Je fonçais à neuf nœuds vers le passage entre les lumières de Belle Ile et de Quiberon.
Je profitais d’un moment de répit pour ouvrir mes cadeaux d’anniversaire. Il ne me restait plus qu’une heure pour fêter ça ce lundi 28 avril. J’avais d’abord été très ému de voir que les amis m’avaient caché deux petits paquets dans Masoco (qui devaient exploser si je les ouvrais avant le 28). J’eus donc le plaisir d’écouter de la musique sur un petit baladeur mp3 et de me régaler d’un super bon gâteau napolitain (avec ses bougies).
Mais la course ne me laissait pas beaucoup de répit et il fallait que je pense à distancer le feu de nav du bateau qui était derrière et à rattraper celui qui était devant. A ce moment là, je ne connaissais pas ma position par rapport aux concurrents et j’étais loin de penser que le bateau que je rattrapais petit à petit depuis deux heures était le premier ! Je pensais qu’il était cinquième ou dixième et ma rage de le dépasser n’en était que plus grande. Je préparais alors la « nav » et le plan d’attaque idéal.
La route à suivre pour l’arrivée tournait progressivement du sud-est à l’est, on allait donc finir au portant. Pour me permettre de porter le spi plus tôt, je pouvais continuer un temps tout droit sous foc et GV, puis faire route directe sous spi, plutôt que de suivre la route et tourner progressivement.
A ce moment là, je n’avais dormi que trois heures en deux jours et demi de course et je savais que d’envoyer le spi jusqu’à l’arrivée épuiserait mes toutes dernières forces et ferait monter le stress au niveau maximum. Je profitais donc de ma dernière demi-heure de répit pour me reposer.
Vint le moment d’envoyer le spi. Lorsque la voile se gonfla, je pris tout de suite la barre en gardant l’écoute de spi à coté de moi.
Le bateau prit de la vitesse, 9 nœuds, 10 nœuds, 11 nœuds, 12 nœuds, 12 nœuds et demie, soudain un grand bruit sec se fit entendre, le bateau en entier vibra et le mat bascula en avant. Les poulies de bastaque s’étaient rompues. Le mat était cassé en trois parties, il gisait dans l’eau, le bateau non manœuvrant roulait tristement au rythme de la houle. Enorme fatalité, grand désespoir de coureur au large, voir tout son investissement, en mois, en année, en argent, en énergie et en volonté s’effondrer en une seconde devant soi…
Fin de la course et gréement de fortune
C’était une énorme fatalité, mais je l’acceptais et je pris tout de suite les choses en main. Je passais un appelle de sécurité à la VHF en signalant la position de mon bateau non manœuvrant. Je dégageais mon gréement et essayais de le remonter à bord ce qui m’apparu complètement impossible. Il coulait lourdement à coté du bateau et au moment où je pris la décision de le larguer, la drisse qui le tenait attaché au bateau se sectionna.
Je m’employais en suite à mettre en place un gréement de fortune avec mon tangon et mon tourmentin pour reprendre ma route vers l’arrivée. Je la franchis à huit heures du matin en douzième position des bateaux de séries.


Les commentaires des concurrents et des amis ont été assez chaleureux pour me remonter un peu le moral:
-Douzième pour une première course en solo, ça aurait déjà été une bonne place avec tout ton gréement!
-Finir une course sous gréement de fortune c’est la marque des grands!!
Les leçons à en tirer
Je tire quelques leçons de cette première course en solitaire
-Je suis maintenant sûr d’avoir bien choisi mon domaine. Pendant toute cette course en solitaire, je me suis senti bien, en phase avec la mer, avec mon bateau, capable de dépasser mes propres limites.
-Je serai la prochaine fois plus attentif à la position de mes concurrents pour mieux estimer les gains et les pertes de mes options.
- Je m’étais donné comme objectif d’aller toujours vite, je pense que c’est un objectif prioritaire pour faire un bon résultat, j’étais cette fois ci à 90%, la prochaine fois ce sera 110%.
-J’ai aussi compris qu’il fallait se vendre un peu pour être mieux médiatisé sur le site de la course et cela sera encore plus vrai lorsque j’aurais des partenaires.
Prochaine course de Xav et Masoco, l'Open Sail avec Jean Marc Allaire, du Figariste en Mini, ça va envoyer!!

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